samedi 17 octobre 2009

Dans la Chambre Solitaire

La Chambre Solitaire, de Shin Kyong-suk, est l’autobiographie d’une jeune fille coréenne de seize ans quittant village et famille pour Séoul dans l’espoir d’embrasser un avenir plus souriant. Cela vous rappelle quelque chose ? Je vous avais parlé il y a quelques semaines des Baguettes Chinoises, un roman qui abordait le même thème, mais en Chine. Les sujets de ces deux ouvrages ont beau être similaires, ils sont traités de façons radicalement différentes. Alors que les Baguettes Chinoises nous peignait un tableau dur mais pittoresque et drôle de la situation de ces jeunes femmes, la Chambre solitaire décrit une réalité oppressante, qui plonge le lecteur dans un sentiment de mal être. Lequel des deux ouvrages offre-t-il la vision la plus sincère de la vie de ces jeunes filles? Faut-il induire chez le lecteur un sentiment similaire à celui éprouvé par les personnages pour traduire fidèlement une réalité ?

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Les premières pages de la Chambre Solitaire m’ont fait regretter d’avoir choisi ce livre. La narratrice fait alterner les passages racontant son arrivée en ville et des passages de réflexion sur la fonction de la littérature et ce que lui apporte l’écriture. L’auteur qui se regarde écrire, ça n’a jamais trop été mon truc, préférant de loin l’évasion, la rêverie et le suspens aux théorisations barthes-bantes (sic) sur la littérature. Mais comme je me sens toujours coupable de ne pas finir un livre, j’ai poursuivi ma lecture par petits bouts, en rechignant.  Après quelques jours, je me suis surprise à repenser fréquemment à ce roman. J’étais foutue, imprégnée jusqu’aux os par l’atmosphère humide et froide de cette Chambre Solitaire. Je l’ai fini en une nuit. La chambre solitaire n’est ni une chambre isolée, ni une chambre dans laquelle on dort seul, c’est au contraire la petite pièce que partage Shin, l’héroïne, avec ses deux frères et sa cousine, dans une cité ouvrière de la grande banlieue de Séoul. Grâce à son style, l’auteur-narratrice nous emmène au plus près de ses émotions. L’empathie est indéniable et c’est avec soulagement que j’ai tourné la dernière page tant le roman m’avait mis mal à l’aise. Les récits qui vous impressionnent ainsi littéralement sont passionnants mais éprouvants.

« Après voir raccroché, j’ai fait bouillir des épinards frais pour le dîner. Pendant qu’ils cuisaient, j’y ai ajouté un peu de sel pour les empêcher de perdre leur éclat. Ensuite, je les ai rincés deux fois dans l’eau froide. Les déposant au creux de ma main, je les ai essorés. C’est un fait, je ne suis pas capable d’écrire autrement que : les déposant au creux de ma main, je les ai essorés. Je suis incapable d’écrire avec des mots le contact des épinards sur ma peau ni leur odeur avant que je les sèche. Alors que la vérité des épinards se trouve sans doute cachée dans ce que je ne sais pas décrire. Leur couleur verte a apaisé mon cœur esseulé. Je les ai mis dans un bol que j’utilisais pour me faire des nouilles froides. J’ai ajouté deux gousses d’ail hachées. J’ai sorti la bouteille d’huile de sésame, celle contenant du sel mélangé à du sésame et j’ai coupé les poireaux en sifflet.»

La Chambre Solitaire, Shin Kyong-suk,traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot, copyright,1999, Shin Kyong-suk, 2008, Editions Philippe Picquier pour la traduction française.

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Namul d’épinards (pour 2 portions):

Les namuls sont de petites portions de légumes assaisonnés qui accompagne systématiquement les repas coréens. Cette recette est adaptée du blog Recettes de pâtes et compagnie sur lequel vous pourrez découvrir d’autres recettes du pays du matin calme.

  • 300 gr. d’épinards asiatiques (les feuilles sont plus longues mais des épinards européens conviennent aussi)

  • 1 pincée de gros sel pour la cuisson

  • 2 c.s. d’huile de sésame

  • 2 c.s. de sauce soja

  • 1 petite gousse d’ail

  • 1 c.c. de gomasio (mélange de graines de sésame et de sel)

  • 1 piment rouge au vinaigre

Lavez et équeutez les épinards. Plongez les pendant 1 minute dans un litre d’eau bouillante salée, les épinards doivent rester fermes. Essorez les plus possible, comme l’héroïne « au creux de la main » ou avec un linge propre. Les feuilles rendent beaucoup d’eau et détrempent vite un plat. Dans un saladier, préparez la sauce avec l’huile de sésame, la sauce soja et la gousse d’ail hachée. Mélangez la aux épinards. Saupoudrez de gomasio et du piment haché. A déguster chaud ou froid.

 

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Posté par Devorerleslivres à 13:50 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Dans la Chambre Solitaire

    Pas mal!

    J'aime beaucoup la critique du livre (j'ai presque envie de le lire même s'il paraît rude). La recette est une illustration originale. Bravo!

    Posté par Sophie, dimanche 18 octobre 2009 à 21:15 | | Répondre
  • Oui il a l'air bien triste ce livre.
    Mais la recette est trés tentante!!

    Posté par Laurie, mardi 20 octobre 2009 à 10:44 | | Répondre
  • Dévorer les livres

    Sophie: Merci!
    Laurie: oui cette recette (enfin c'est à peine une recette) est bien agréable surtout avec un bol de riz tout chaud.

    Posté par Dévorerleslivres, vendredi 23 octobre 2009 à 10:28 | | Répondre
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