lundi 17 mai 2010
l'énigme des rencontres
Deux mois déjà que je n'étais pas venue par ici. Il faut dire qu'en lisant de trop jolis blogs, il est difficile d'oser s'y remettre. Mais après tout, on ne fait pas la course. L'histoire d'une rencontre, au hasard de la vie, racontée cette semaine par Patoumi m'a donné envie de vous en faire partager une autre.
Le décor : un soir de novembre, 19h28, un dîner d'anniversaire à 20h, 0 cadeau. Me glissant avec hâte sous le rideau de fer d'une librairie de quartier, je me relève face à la fin d'une séance de dédicace, les clients sont partis, reste l'auteur et ses proches. Je n'essaie même pas de distinguer la star-d'un-soir de la foule, peu importe, c'est sûrement un trentenaire qui griffonne sur un moleskine une histoire qui ne se lit qu'avec des ray ban. Je suis pressée.
Mon regard s'égard tout de même sur les tables, le charme des après-midi sans fin, l'odeur du café et l'énigme du retour. L'homme qui se tient en face de moi est donc Dany Laferrière. Un écrivain haïtien dont on a beaucoup entendu parler, notamment lorsqu'il a reçu le prix Médicis mais dont je n'ai rien lu. On me tend une coupe de mousseux. Je ne suis plus pressée.
Ma rencontre avec Dany Laferrière c'est donc avant tout une rencontre avec l'homme. Un grand monsieur qui n'a pas besoin d'avoir une mèche qui tombe sur le visage ou de prendre des airs torturés pour dégager une présence d'écrivain. Il nous raconte au présent la façon dont sa tante décédée annotait ses manuscrits en précisant les conditions de lecture. 15:30 dans le bus. Il convoque immédiatement la scène devant nos yeux. L'écrivain est aussi orateur. On me demande ce que je fais là. J'avoue, je trinque par erreur et n'ai même pas assisté au discours prononcé quelques minutes plus tôt. Ca n'a pas d'importance, je raconte le blog, on parle cuisine. Dany Laferrière nous parle alors la place prépondérante, dans ses romans, de la nourriture ou de son absence.
Quelques heures plus tard, la rencontre avec la plume. Je découvre un poème qui se lit comme un roman (ou bien est-ce l'inverse ?). Des vers qui tremblent et qui chuchotent, en évoquant Alcool. On a le pied qui tangue, non pas comme en descendant la vallée du Rhin, mais en voguant sur les ferrys bondés d'Haïti. En fond sonore, les klaxon se mêlent aux cris des vendeurs ambulants. On se fraye un chemin à travers la foule, en suivant quelques nuques indolentes.
Mais retour à la réalité, la faim nous taraude, celle que seuls certains connaissent et qui est innommable, même pour l'écrivain de retour.
"Pour écrire un roman, j'explique à mon neuveu
avec un sourire en coin
qu'il faut surtout de bonnes fesses
car c'est un métier
comme celui de couturière où l'on reste assis longtemps.
Et qui exige aussi des talents de bonne cuisinière.
Prenez une grande chaudière d'eau bouillante
où vous jetez quelques légumes et un morceau de viande saignante.
On ajoutera plus tard le sel et les épices
avant de baisser le feu.
Tous les goûts finissent par se fondre en un seul.
Le lecteur peut passer à table."
Dany Laferrière, L'énigme du retour, copyright, Grasset, 2009
dimanche 14 mars 2010
Minute, papillon
Dans nos montagnes, un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours dans l’espoir de se maintenir dans les années 60. Tout, de l’architecture aux pots de yaourt, semble s’être immuablement figé dans une autre décennie. Charme désuet pour les uns, ringard pour les autres, c’est pour moi une semaine de voyage dans le temps que je savoure chaque fois avec le plaisir nostalgique d'une époque que je n'ai pourtant jamais connue : les sports d’hivers à Clars les vaux.
C’est l’occasion de mettre la main sur des livres de cuisine, délaissés dans les placards malgré leur promesse d’ « une nouvelle manière de vivre » et d’utiliser pour la première fois une cocotte-minute. Aujourd'hui, tombée en disgrâce face au come back des lourdes cocottes en fonte, la cocotte minute, pardon la Super Cocotte, n’est pas seulement un ustensile de cuisine. Son arrivée est présentée comme un changement radical des modes de vie, comme l’illustre le roman photo, qui sert de préambule au petit livret de recettes SEB. Mais aujourd'hui, on ne veut plus gagner du temps, on veut du plat qui mijote longuement et qui hume bon dans toute la maison, du familial, comme on dit. Ah le retour de la cocotte-minute, j'y crois.
Le stylisme culinaire est parfois un peu trash, comme les langoustines pendues par la queue, mais certaines recettes ne sont pas inintéressantes, comme les timballes aux pommes. Simple et bon, des pommes au four version chic.
Timballe aux pommes :
- 4 grosses pommes (pour moi Golden, elles tiennent bien à la cuisson, tout en étant fondantes)

- 300 gr de pain rassi
- 120 gr de beurre demi sel
- 80 gr de sucre
- 1 gousse de vanille
- 50 gr de raisins secs
- 50 gr de pignons
- ½ verre de rhum
- 1 verre d’eau
La veille, fendez la gousse de vanille. Portez le rhum à ébullition avec la gousse de vanille. Faites y gonfler les raisins secs.
Beurrez généreusement un moule à soufflé. Sucrez le fond. Coupez les pommes en rondelles. Tranchez le pain. Disposez au fond du moule, une couche de pain surmontée d’une couche de pommes. Parsemez de raisins secs, de pignons, de petits dés de beurre et de sucre. Recommencez l’opération en tassant bien, jusqu’en haut du moule. Versez sur la préparation un demi verre d’eau.
Recouvrez le moule d’une feuille de papier sulfurisé et d’une assiette. Placez dans le panier d’une cocotte minute. Faites cuire 25 minutes à partir de la rotation de la soupape.
lundi 8 mars 2010
Liquors
Opening Night Menu:
Starters:
Prosciutto-Wrapped Figs in Calvados + Blue Cheese Cognac Cream
Pan fried Risotto balls with absolut citron vodka
Aquavit-cured salmon carpaccio with roasted capers
fresh marinated sardines in galliano sweet and sour sauce
pork terrine with wild mushroom and bushmills irish whiskey
Soups and salads:
cold sapphire cucumber soup
salad of mixed greens, maccadamias, and mancjego Cheese with walnut eau de vie vinaigrette
creole tomato salad with new orlean rum pickled red onions and cranberry beans
main courses:
Pecan crust gulf fish of the day with rum beurre blanc
roasted duck on the Bone + sauce of sun-dried cherries
grand marnier fennel osso bucco + home made orecchiette
garlic perfumed beef ribeye flamed with cognac...
Liquors, Poppy Z. Brite, Three Rivers Press, 2004
Il existe une traduction Au Diable Vauvert, sous le titre d'Alcool
Cet alléchant menu est extrait de Liquors, le roman d’une femme de cuisinier qui le lui rend bien en décrivant avec gourmandise les coulisses des cuisines. Ce n'est pas le roman du siècle. On n'y suit cependant avec plaisir, le parcours tumultueux d'un couple de cuisiniers qui, las d'obéir du fond des cuisines aux ordres de chefs aussi médiocres qu'imbuvables, décident d'ouvrir leur propre restaurant. L'idée a jailli un soir d'ivresse: la carte sera uniquement composée de plats à base d'alcool.
dimanche 14 février 2010
Kappabashi
Je vous avouais cette semaine vouer un culte aux accessoires de cuisine encombrants ou kitsch. C'est une activité particulièrement amusante en voyage, surtout au moment de fermer sa valise.
La rue Kappabashi à Tokyo est un temple pour ceux qui adorent le même dieu que moi. Elle est entièrement consacrée aux ustensiles de cuisine, souvent vendus en gros. On y trouve de bons couteaux, des moulins à sésames, des rapes à radis ou encore des sushi en plastique.
Mais si vous êtes déjà allé au Japon, vous êtes forcément tombés amoureux des bento. Vous pourrez donc y trouver quantité de modèles. Le plus raisonnable aurait été d'acheter une jolie petite boite micro-ondable et lavable. Mais ça n'aurait pas été drôle. Mieux vaut acheter 150 bento jetables dans un magasin de gros.
Boeuf au miso (pour 2 bento):
- 2 bavettes d'aloyau
- 2 c.s. de pâte de miso claire
- 1 c.s. de mirin
- 1 c.s. de saké
- 1 c.s. de sauce soja
- 1 c.C de sésame doré
- 1 c.c. de sésame noir
- coriandre, ciboule.
Coupez les bavettes en lanière dans le sens des . Mélangez la pâte miso, la sauce soja, le saké, le mirin. Enduisez-en les morceaux de boeuf. Faites sauter le mélange dans une poêle bien chaude. Saupoudrez d'herbes et de sésame. Servez avec du riz.












